Comitée de Liasion International Catholique-Juif - 17e réunion

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C. Walter Kasper

Stati Uniti d'America       05/2001

Mesdames et Messieurs,

C'est un plaisir pour moi, ce matin, de vous adresser à tous mon salut. Avec beaucoup d'entre vous il s'agit d'une première rencontre, mais je dirais que l'opportunité de rencontrer de “ nouvelles ” personnes comporte également l'occasion de découvrir des manières toujours nouvelles de développer ultérieurement un rapport né bien longtemps avant notre temps, mais qui est devenu notre héritage et notre tâche. Je me suis consacré à cette tâche. Je me suis engagé à travailler avec vous pour la réconciliation de nos deux communautés de foi, sur la base du plein respect mutuel de nos traditions et de nos convictions respectives. Malheureusement, ce respect mutuel a souvent fait défaut dans le passé. Aussi la Teshouva est-elle devenue une étape indispensable sur notre chemin. Nous, catholiques, avons reçu l’exemple du Pape Jean-Paul II.

Le 12 mars 1979, encore au début de son pontificat, le Pape Jean-Paul II recevait en audience les représentants de différentes organisations juives venues à Rome pour saluer le nouveau Pape et rencontrer la Commission pour les relations religieuses avec les juifs. Dans son discours, Jean-Paul II a dit qu’il voyait dans cette réunion la capacité “ de renouveler et de donner un nouvel élan au dialogue que vous [les responsables juifs] avez eu avec des représentants autorisés de l’Église catholique. Aussi est-ce là, en vérité, un moment important dans l’histoire de nos relations ”[1]. Et, de façon très significative, il ajoutait: “ Je suis heureux d’avoir l’occasion de dire moi-même un mot à ce propos ”. En fait, depuis lors, le Pape a dit beaucoup de choses sur ce sujet.

Sept ans plus tard, le dimanche 13 avril 1986, le Pape faisait sa visite historique à la Synagogue de Rome. Dans son discours de bienvenue, le Grand Rabbin Elio Toaff a dit :

Sainteté,

en tant que Grand Rabbin de cette communauté, je voudrais vous exprimer notre satisfaction devant le geste que vous avez voulu réaliser aujourd'hui, celui de venir pour la première fois dans l'histoire de l'Église visiter une synagogue, geste destiné à passer dans l'histoire. Un tel geste se rattache à l'enseignement éclairé de votre illustre prédécesseur, Jean XXIII, le premier Pape qui, un matin de sabbat, s'arrêta pour bénir les juifs de Rome sortant de ce lieu de culte après la prière, et s'inscrit dans le sillage du Concile Vatican II qui, avec la Déclaration Nostra Aetate, a introduit dans les rapports de l'Église avec le judaïsme une révolution qui a rendu possible votre visite aujourd'hui.

Dans sa réponse le Pape a également évoqué le passé et a dit :

Je sais que le Grand Rabbin, dans la nuit qui a précédé la mort du Pape Jean XXIII, n'a pas hésité à aller place Saint-Pierre, accompagné d'un groupe de fidèles juifs, pour prier et veiller, mêlé à la foule des catholiques et des autres chrétiens, comme pour rendre témoignage, de manière silencieuse mais efficace, à la grandeur d'âme de ce Pontife, ouvert à tous sans distinction, et en particulier aux frères juifs. L'héritage que je voudrais recueillir en ce moment est précisément celui du Pape Jean.

C'est un héritage caractérisé principalement par la chaleur humaine, la foi, la sincérité et la sensibilité; des qualités qui, je crois, appellent la réciprocité. En fait, au cours des ans, un nombre croissant de juifs bien informés, surtout - mais sans aucun doute non exclusivement - des spécialistes et des rabbins, ont voulu répondre de la même façon; et je pense également à la récente Déclaration juive sur les chrétiens et le christianisme, Dabru Emet, “ Dire la vérité ”.

Du côté catholique, je voudrais rendre hommage à deux personnalités qui, pendant de longues années, ont apporté une contribution décisive au développement de relations positives entre nos deux communautés et qui ont récemment pris leur retraite : mon honoré prédécesseur, Son Éminence le Cardinal Edward Idris Cassidy, et le Révérend Dr Remi E. Hoeckman, O.P., respectivement Président et Secrétaire de la Commission pour les Relations religieuses avec les juifs. Ils ont servi le processus de réconciliation catholique-juif en faisant preuve des mêmes qualités avec lesquelles le Pape Jean-Paul II avait entrepris cette tâche : chaleur humaine, foi, sincérité et sensibilité.

En ce qui me concerne, j’espère et j’entends continuer sur un chemin que juifs et chrétiens, en tant que personnes de foi, peuvent suivre ensemble. Je partage l'opinion du Cardinal Cassidy qui, durant un symposium qui s'est tenu à l'Institut Van Leer à Jérusalem le 10 février 1997, disait que, d'un examen continuel des difficultés dans nos relations, nous devons passer à une action commune en faveur des valeurs morales que nous partageons en tant que communautés de foi[2]. À ce point de l'histoire de nos relations, notre Commission est effectivement convaincue de la nécessité d'un dialogue qui dépasse le débat sur les problèmes et va au cœur même de ce qui constitue nos identités en tant que communautés de foi, pour nous permettre - sur cette base - d'avancer sur la voie d'une action commune dans la société d'aujourd'hui[3].

Cet agenda a déjà été adopté par ce même organisme - le Comité international de liaison catholique-juif - lors de sa 13e réunion qui s'est tenue à Prague en septembre 1990. Toutefois, comme vous le savez, d'autres agendas ont parfois essayé de “ détourner ” le nôtre, au point que notre Commission a estimé qu'elle devait revoir les conditions de sa future participation. Entre-temps nous avons continué de travailler avec de nombreux amis juifs qui croyaient, eux aussi, à la possibilité, et même à la nécessité d'entreprendre un authentique dialogue inter-religieux et d'aborder réellement ensemble le programme fixé. Le Rabbin Irving Greenberg l'a très bien exprimé de la façon suivante :

Si des chrétiens et des juifs croyants et engagés peuvent découvrir les uns dans les autres l’image de Dieu, s’ils parviennent à découvrir et à affirmer le rôle spécifique de chacun d’eux dans la stratégie divine globale de rédemption, sans aucun doute l’inspiration venant de leur exemple rapprochera d’autant le Royaume de Dieu de tous[4].

Nous parlons ici de juifs et de chrétiens de foi, de croyants, de personnes qui - fidèles à leurs traditions de foi respectives - se sont engagés à faire la volonté de Dieu. Nous savons que de nombreux amis juifs partagent cette vision. Ils sont les bienvenus. Nous sommes heureux d'entreprendre avec eux - sur une base religieuse - une expérience de dialogue très enrichissante, quelle que soit la tradition religieuse à laquelle ils appartiennent au sein du judaïsme. Nous souhaitons accueillir avec eux un programme qui, je le crois, est donné par Dieu à nos deux communautés. C'est là, en ce qui nous concerne, la base de notre partenariat, car (et j'emprunte les mots prononcés par le Pape Jean-Paul II à Assise en octobre 1986), c'est, en fait, notre conviction de foi qui nous a fait nous tourner vers vous.

Chers amis, comme Marcus Braybrooke l'a écrit dans son livre Time to Meet, “ les religions devraient se rencontrer en leur point de départ, en Dieu ”[5]. Nous sommes des personnes qui croient en Dieu et veulent faire sa volonté. Nous connaissons notre propre tradition de foi religieuse et nous lui sommes dévoués. Nous sommes nourris par elle et nous nous y sentons en sécurité. C’est pourquoi nous ne devrions pas craindre de nous rapprocher avec respect de l'expérience de foi les uns des autres et de voir avec le même respect la face des uns et des autres “ comme on voit la face de Dieu ” (cf. Gn 33, 10), en considérant cela comme une bénédiction. Nous sommes partenaires, nous sommes “ autres ”, mais nous sommes également “ frères ”[6].

Le mandat donné au deuxième Concile du Vatican d'étudier à fond les rapports de l'Église avec les juifs, émanait du Pape Jean XXIII. Il traduisait plus qu'un simple geste de bonne volonté et de sympathie. Il y avait là un concept théologique que le Pape a exprimé lorsque, recevant en audience un groupe de juifs américains en octobre 1960, il les salua avec les paroles bibliques, “ Je suis Joseph, votre frère ”. D'une certaine manière, il répétait ce que le Pape Pie XI avait dit à un groupe de pèlerins belges le 6 septembre 1938, et précisément que nous, chrétiens, sommes spirituellement des sémites; et il anticipait ce que le Pape Jean-Paul II dira aux juifs de Rome lors de sa visite à leur synagogue: “ Vous êtes nos frères préférés et, d'une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés ”.

Nos rapports découlent de nos identités respectives, liées l'une et l'autre à la Promesse faite par Dieu à “ son peuple ”, que “ l'olivier franc sur lequel [selon saint Paul dans son Epître aux Romains] ont été greffés les rameaux de l'olivier sauvage que sont les Gentils ”[7]. Je crois que la découverte, ou la redécouverte de ce lien essentiel entre nos deux traditions religieuses, est la base du programme de notre dialogue. Comme l'a dit jadis un de mes prédécesseurs, le Cardinal Johannes Willebrands, “ nous sommes unis à jamais ”.



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Notes



[1]Les principaux discours du Pape ont été publiés dans Pope John Paul II, Spiritual Pilgrimage – Texts on Jews and Judaism 1979-1995, par Eugene J. Fisher et Leon Klenicki, Crossroad/New York, 1995.

[2]Cf. également un discours du Cardinal Edward Idris Cassidy à Baltimore le 18 février 1999, sur le thème “ Catholic-Jewish Relations – The Unfinished Agenda ”.

[3]Cf. le discours prononcé par Remi Hoeckman au Centre pour les relations judéo-chrétiennes, Cambridge/UK, 5-7 septembre 1999, sur “ Setting the Agenda : the Future of Jewish-Christian Relations ”.

[4]Judaism and Christianity: Their Respective Roles in the Strategy of Redemption,in Visions of the Other – Jewish and Christian Theologians Assess the Dialogue, par Eugene J. Fisher, Mahwah/N.J, 1994, p. 27.

[5]London/Philadelphia, 1990, p. 152.

[6]Cf. Remi Hoeckman dans son discours d’ouverture aux participants à un colloque théologique entre des spécialistes catholiques et le Centre Rabbinique pour le Dialogue interreligieux, à la Faculté de droit Colombus, Université catholique d’Amérique, Washington DC, 19 juillet 2000.

[7] Nostra Aetate, 4.

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Inserito 01/01/1970