La consultation de Stockholm (Juifs et Luthériens)

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Fédération luthérienne mondiale - Comité juif international pour les consultations interreligieuses

Svezia       13/07/1983

La réunion avait été convoquée conjointement par la Fédération luthérienne mondiale et par le Comité juif international pour les consultations interreligieuses qui regroupe cinq des principales organisations juives (le Congres juif mondial, le Conseil des synagogues d’Amérique, le Comite juif aiméricain, le Benai Berith - Ligue contre la diffamation - et le Conseil juif pour les consultations interreligieuses en Israël). II s’agissait là de la deuxieme des réunions officielles entre représentants de la communauté juive mondiale et l’association des Eglises luthériennes qui doivent se tenir régulièrement. (La première avait eu lieu a Copenhague en 1981 et avait été consacrée à l’enseignement juif et chrétien sur la nature de l’être humain.)
La réunion, a laquelle participaient douze representants juifs et quinze personnalités luthériennes, eut lieu à Stockholm du 11 au 13 juillet 1983 sous la coprésidence de M. Cerhart M. Riegner, secrétaire général du Congrès juif mondial, et du projesseur Magne Saebo, de la faculté libre de théologie d’Oslo.
Les buts de la réunion, qui n’a duré que trois jours à peine, étaient complexes : il s’agissait d’examiner les faits et leurs répercussions sur les relations entre Juifs et Luthériens, mais aussi de fournir des enseignements et des encouragements à ceux que nous représentions.
La réunion s’acheva sur une brève prière silencieuse en commun pour la paix dans le monde et plus particulèrement pour la paix au Proche-Orient.
Les déclarations qui suivent sont soumises aux lecteurs, juifs et chrétiens, dans l’espoir et la prière qu’elles puissent servir la cause de la paix, de l’esperance et de l’amour entre ces deux communantés d’êtres qui croient dans le Dieu unique, et à travers l’humanité entière.



Nous Luthériens tenons notre nom et une grande partie de notre compréhension du christianisme de Martin Luther. Mais nous ne pouvons accepter ni excuser les violentes attaques verbales que le Reformateur a dirigeés contre les Juifs. Luthériens et Juifs interprètent différemment la Bible hébraïque. Mais nous sommes persuadés qu’une lecture christologique des Ecritures ne conduit ni à l’antijudaïsme ni, encore moins, à l’antisémitisme.

Nous estimons qu’une analyse honnête, historique des attaques de Luther centre les Juifs invalide la possibilité pour les antisémites de notre temps de se prévaloir de l’autorite du nom de Luther pour justifier leur antisémitisme. Nous affirmons avec force que Luther nie l’antisémitisme racial, l’antisémistime nationaliste ou l’antisémitisme politique. Même le déplorable antisémitisme religieux du XVIe siècle, auquel les attaques de Luther apportèrent une contribution importante, constitue un horrible anachronisme s’il est transposé dans les conditions du monde moderne.
Nous reconnaissons cependant avec douleur que Luther a été utilisé pour justifier un tel antisémitisme durant la période du national-socialisme et que ses écrits se prêtaient à de tels abus. Alors même qu’il subsiste des positions divergentes qui s’inscrivent dans les convictions du judaïsme et du christianisme, elles ne sauraient ni ne devraient conduire à l’animosité et à la violence des déclarations faites par Luther à l’égard des Juifs. Martin Luther nous a fait mieux comprendre l’Ancien Testament et il nous a enseigné la profondeur de notre patrimoine commun ainsi que les racines de notre foi.

Bon nombre des invectives antijuives de Luther doivent être expliquées à la lumière de sa polémique contre ce qu’il jugeait être des interprétations erronées des Ecritures. II critiqua ces interprétations car, pour lui, tout dépendait désormais d’une juste compréhension de la Parole de Dieu.

Les péchés que constituent les affirmations antijuives de Luther et la violence de ses attaques contre les Juifs doivent être reconnus avec une profonde angoisse. Et tout doit être fait pour qu’en toutes circonstances un péché du même ordre soit éliminé de nos Eglises dans le présent et dans l’avenir.
Un examen sincère oblige aussi les Luthériens et les autres chrétiens à réfléchir aux attitudes antijuives de leur passé et du temps present. L’hostilite à l’égard des Juifs a commencé bien avant Luther et elle est restée un mal persistant après lui. L’histoire des siècles qui ont suivi la Réforme a vu prévaloir en Europe l’acceptation progressive du pluralisme religieux. L’Eglise n’a pas toujours été la première à accepter cette évolution ; il existe pourtant des exemples où l’Eglise a pris la tête du mouvement tendant à accepter les Juifs comme citoyens de plein droit et membres à part entière de la société.

Depuis le milieu du XIXe siècle, l’antisémitisme a connu une recrudescence en Europe centrale, alors même que les Juifs commençaient à être intégrés dans la société. De ce fait, les Eglises, notamment en Allemagne, se sont trouvées placées devant un défi involontaire. Paradoxalement, les Eglises honoraient le peuple d’Israël biblique mais rejetaient les descendants de ce peuple, tandis que se perpétuaient des mythes concernant les Juifs et qu’apparaissaient des références péjoratives contre eux dans la liturgie et la pédagogie luthériennes. La doctrine de Luther des deux règnes a été utilisée pour justifier la passivité face aux exigences totalitaires. Ces facteurs et d’autres, de caractère moins directement théologique, ont contribué aux échecs qui ont été déplorés et à maintes reprises confessés après 1945.

Il faut cependant rappeler, en leur en donnant acte, qu’il y a eu des individus et des groupes parmi les Luthériens qui, bravant le pouvoir totalitaire, ont defendu leurs voisins juifs, tant en Allemagne qu’ailleurs.

Les Luthériens de notre temps refusent de se considérer comme liés par toutes les invectives de Luther contre les Juifs. Nous espérons avoir appris la leçon des tragédies qui ont marqué un passé encore proche, Il nous appartient de faire en sorte que ni maintenant, ni dans i’avenir, il ne subsiste aucun doute quant à notre position en matière de préjugés raciaux et religieux et que nous reconnaissions a tous la dignité humaine, la liberté et l’amitié qui appartiennent de façon inaliénable a tous les enfants du Père.

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Inserito 01/01/1970