Lettre au Président de la Conférence nationale des évêques catholiques des U.S.A.

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Jean-Paul II, Pape (Wojtyla, Karol) 1920-2005

Città del Vaticano       08/08/1987

A mon chèr frère John L. May, archevêque de Saint Louis,
Président de la Conférence épiscopale nationale des évêques catholiques

A l'approche de ma seconde visite pastorale aux Etats-Unis, je désire vous exprimer ma profonde gratitude pour la gentillesse que vous avez eue de m'envoyer le recueil contenant le texte de mes déclarations au sujet des juifs et du judaïsme. Cette entreprise remarquable est le fruit de la collaboration entre les catholiques et les juifs d'Amérique. ce qui est pour moi un motif supplémentaire de satisfaction.

Dans mes préoccupations pastorales, mes voyages et rencontres, et dans les enseignements de ces années de mon Pontificat, je me suis toujours efforcé de développer et d'approfondir nos relations avec les juifs, « nos frères aînés dans la foi d'Abraham ». J'encourage donc et bénis non seulement cette initiative, mais les initiatives de tous ceux qui, dans la fidélité aux directives du Concile Vatican II, animés de bonne volonté et d'une espérance religieuse, favorisent des relations d'estime et d'amitié mutuelles et promeuvent le dialogue judéo-chrétien en des lieux appropriés et avec la compétence théologique et l'objectivité historique nécessaires. Plus nous essaierons d'être fidèles, dans une obéissance amoureuse au Dieu de l'Alliance, Créateur et Sauveur, contemplant dans la prière son admirable dessein de rédemption et aimant notre prochain comme nous-mêmes, plus notre dialogue aura des racines profondes et plus ses fruits seront abondants.

Le coeur rempli de cette espérance indéfectible, nous, chrétiens, approchons avec un immense respect l'expérience de l'extermination, la Shoa, vécue par les 'tilts pendant la Seconde guerre mondiale, et nous essayons d'en saisir la signification la plus authentique, la plus spécifique et la plus universelle.

Comme je l'ai dit récemment à Varsovie, c'est justement du fait de cette terrible expérience que le peuple d'Israël, ses souffrances et son Holocauste sont actuellement, aux yeux de l'Eglise, de tous les peuples et de toutes les nations, comme un avertissement. un témoignage et un cri silencieux. Devant le souvenir vivace de l'extermination, tel qu'il nous est transmis par les survivants et par tous les juifs actuellement vivants, et tel qu'il est continuellement proposé à notre méditation dans les récits de la Haggada de Pâque — comme ont coutume de le faire les familles juives de nos jours — nul n'a le droit de passer indifférent. En réfléchissant sur la Shoa, nous voyons quelles peuvent être les terribles conséquences de l'absence de foi en Dieu et du mépris de l'homme créé à son image. Cela nous amène aussi à encourager les études historiques et religieuses indispensables sur cet événement, qui concerne actuellement l'humanité entière. A ce point de vue, j'espère beaucoup qu'aboutiront à des résultats positifs les travaux de la toute proche 13e Session plénière du Comité international judéo-chrétien de Liaison, session qui se tiendra à Washington sur le thème. « La Shoa, sa signification et ses implications dans une perspective historique et religieuse».

Il n'y a aucun doute que les souffrances subies par les juifs sont, pour l'Eglise catholique aussi, un motif de peine sincère, surtout quand on pense à l'indifférence, aux ressentiments parfois qui, en certaines circonstances parti. culières de l'histoire. ont divisé les juifs et les chrétiens. Cela ne peut que susciter en nous la résolution encore plus ferme de coopérer pour la justice et pour une paix véritable.

Comme je l'ai dit à Assise, mon désir est que nous arrivions à susciter sans cesse de nouvelles occasions de manifester « ce que Dieu voudrait que soit le développement historique de l'humanité un cheminement fraternel, au cours duquel nous nous accompagnions mutuellement vers le but transcendant qu'Il a fixé pour nous».

Dans cet esprit de paix et de solidarité fraternelle universelle, je me prépare à renouveler, pour vous et la chère communauté juive des U.S.A., la joyeuse proclamation de la paix, le Shalom annoncé par les Prophètes et attendu par le monde entier. J'exprime ici l'espérance que, de Jérusalem, jaillisse cette paix comme un courant d'eau vive, et que s'accomplisse l'annonce de Zacharie (14,9): « Et le Seigneur sera roi sur toute la terre; en ce jour. le Seigneur sera unique et son Nom unique».

Attendant avec joie notre rencontre dans votre cher pays, je vous envoie, à vous et à vos Frères dans l'épiscopat, ma bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 8-8-1987 - Signé Jean Paul Il
Traduit de l'anglais par le SIDIC

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Inserito 01/01/1970